N°39
Juil./Août 2014

« MADAME DUFLOT A CRÉÉ DE L'ANGOISSE »

MOTS CLES : Mandataires | Attentisme | Loi
 

Era Immobilier

Avec franchise et sans langue de bois, François Gagnon, président ERA France & Europe a accepté pour Expression de revenir sur la situation actuelle de l'immobilier. Dans son viseur notamment, une loi ALUR dont il pense qu'elle sera de toute façon « détricotée ».
 

François Gagnon

Quelle vision avez-vous de la conjoncture dans l'immobilier ?

Si l'on essaie d'avoir une vue globale des choses, je pense que madame Duflot a créé un attentisme, de l'angoisse et du stress dans le marché immobilier. Non seulement à cause des mesures qu'elle a prises, mais aussi en raison des annonces qu'elle a faites. Les vendeurs ont toujours besoin de vendre, les acquéreurs d'acheter, mais tout le monde attend de voir.

On ne sait pas comment la loi ALUR sera appliquée, quels décrets vont passer... On sait juste que la loi va être en partie détricotée, ce qui de notre point de vue est une bonne chose. Mais cela crée un contexte un peu troublant. Cela paralyse un marché qui n'est pas seulement sensible aux faits, comme la hausse des prix ou des taux d'intérêt, mais aussi à la communication. Aujourd'hui, si une ministre du Logement annonce quelque chose qui paraît négatif au marché, cela lui fait peur et, du coup, il a le réflexe très humain de ne pas bouger, de rester sur ses positions. Certaines des annonces faites par madame Duflot ne déboucheront jamais sur rien, mais peu importe, elles ont un effet désastreux simplement parce qu'elles ont été faites.

Par ailleurs, plus cela perdure, plus les décrets risquent de tomber aux oubliettes, donc la loi votée ne sera pas appliquée. D'un côté, cela règlerait des problèmes mais de l'autre ce n'est pas une façon intelligente ni efficace de travailler.

Que reprochez-vous en particulier à cette loi ALUR ?

Je crois que madame Duflot était bien intentionnée, mais mon sentiment c'est qu'il y a eu beaucoup d'amateurisme dans la manière dont cette loi a été conçue.

Il y a eu un manque de réflexion, de consultations, de professionnalisme même.

Regardez par exemple toute la documentation désormais réclamée aux syndics. Cela crée un fouillis qui n'aide personne. Le plafonnement des frais d'agence pour les locations témoigne d'une volonté de téléguider un marché, mais c'est impossible ! Cela laisse le sentiment d'un manque de maturité de la part des politiques, d'une volonté de dire « regardez ce que j'ai fait » en ayant trois objectifs : prendre le pouvoir, garder le pouvoir, augmenter son pouvoir.

Un autre sujet polémique,
en ce moment, concerne
les mandataires. Quelle est votre position sur le sujet ?

Alors ça, c'est à mon avis un feu de paille, un moulin à vent ! Il n'y a pas de problème, je crois. Il y a une polémique qui a démarré quand certains réseaux de mandataires ont commencé à dire que les agences modernes étaient forcément sur Internet et que les autres étaient des dinosaures. C'est une stupidité ! Ce sont des modèles économiques différents, c'est tout.

Et moi je ne jette pas du tout la pierre aux mandataires, j'en connais de très bons, très professionnels, et je connais des agences « physiques » qui sont de parfaits escrocs. Cela étant, je ne vois pas un service qu'ils apportent que les agences traditionnelles ne peuvent pas apporter. Pas un seul.

Ce qui pour moi fait une différence, c'est que si un mandataire dont le siège est dans le sud, par exemple, collabore avec un négociateur à Brest, comment va-t-il contrôler le travail de ce dernier ? Cela étant, si la loi le permet, je n'y trouve rien à redire. Et si les vendeurs ou les acheteurs préfèrent cette façon de fonctionner, qu'ils le fassent. Mais je suis persuadé que les mandataires ne nous enlèveront pas un client. Ou si c'est le cas, cela veut dire que notre agence ne fait pas bien son boulot.

Ce n'est donc pas, à vos yeux,
un problème de compétences
qui fait que les mandataires réalisent beaucoup moins de transactions que les agents ?

Non, pas du tout. En moyenne, je crois que 90 % des mandataires réalisent trois à quatre transactions par an. Cela voudrait dire qu'ils sont mauvais ? Certainement pas !

C'est un modèle économique différent, c'est tout. Un mandataire va travailler avec ses connaissances exclusivement, sur un secteur donné, et il va très bien le faire.

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Expression #39

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