N°39
Juil./Août 2014

« ON CRÉE UN CLIMAT DE DÉFIANCE »

MOTS CLES : Abus | Elan | Solutions

Appartements

Le 6 mai dernier, Denys Brunel menait sur son blog une charge contre les abus du système d'aides au logement. Le président de la Chambre des propriétaires revient sur ce réquisitoire et livre son sentiment sur la situation actuelle.

Que reprochez-vous au système français en matière d'aides
au logement ?

Nous sommes au premier rang pour la dépense par habitant en la matière, mais la pénurie est très supérieure en France à ce qu'elle est dans la plupart des pays. C'est bien que quelque chose ne marche pas !

L'offre est insuffisante, je ne dis pas qu'il faut revenir aux errements passés et construire n'importe où, notamment là où on n'en avait pas besoin, mais si l'on veut régler le problème, il faut développer l'offre, réfléchir à des solutions. Par exemple à l'idée de faire des baux de 60-70 ans, pourquoi pas ? Dans les zones tendues, ça peut être envisageable sous certaines conditions.

Sur votre blog, le 6 mai,
vous regrettiez, au sujet des abus dans l'aide au logement, que « les dispositions récentes (loi ALUR) ne minimisent
pas le phénomène,
mais l'amplifient »
. Un mois
et demi plus tard, la loi ALUR
est en passe d'être détricotée.
Est-ce une bonne chose ?

Je me suis battu depuis le début contre la loi ALUR, donc je ne vais pas vous dire aujourd'hui que je suis attristé par la perspective qu'on en modifie ou qu'on annule les mesures phares ! Je n'ai pas arrêté de dénoncer, auprès des parlementaires comme des cabinets ministériels, les aspects néfastes de cette loi.

Et cela va bien au-delà des abus que j'évoquais. Regardez les chiffres des constructions neuves : il est catastrophique ! On est partis pour construire moins de 300 000 logements cette année, c'est-àdire qu'on a moins construit qu'en 1954, l'année où l'abbé Pierre avait lancé sa campagne en faveur des sans-abris.

Comment expliquez-vous
une telle situation ?

On a écarté de l'investissement locatif beaucoup de personnes, par conséquent on ne construit plus. On met dehors les investisseurs privés, entre la loi ALUR, les modifications fiscales... Ce n'est pas sans raison qu'il y a des publicités à droite et à gauche, des forums, des salons pour inciter à investir dans l'immobilier à l'étranger. Si tout ça existe, c'est qu'il y a des clients.

On crée un climat de défiance, qui aboutit à des réactions de trois ordres : on s'abstient d'investir, on ne veut plus devenir propriétaire, et on choisit d'acheter mais à l'étranger. Donc on est en train de créer une situation épouvantable. Il faut impulser un nouvel élan.

Denys Brunel

Par quel biais peut-on le faire ?

En retirant les aspects les plus choquants de la loi ALUR, d'abord. En faisant un véritable effort pour simplifier tout ce qui est administration, normes, réglementation... Aujourd'hui avec ce qu'on exige pour les promesses de vente, avec l'allongement des délais et l'insécurité juridique qui en découlent, avec les syndics qui, parce qu'ils ont plus de travail, augmentent leurs tarifs de façon conséquente, tout cela est néfaste. Tout n'est pas utile dans ces règlements nouveaux.

Et puis, bien entendu, il faut réfléchir sur les mesures fiscales. À Bercy, on freine évidemment mais on peut prendre des mesures fiscales qui ne vont pas créer un gouffre financier, en jouant pourquoi pas sur la TVA, les charges sociales, les droits de mutation... Cela redonnerait de la confiance, qui est le mot-clef pour assurer la pérennité.

Tant que les gens ont l'impression qu'on revient tout le temps en arrière, ce sera compliqué. Il faut prendre des mesures dont on garantit qu'elles tiendront au moins 3 ans, par exemple. Avec ce yoyo fiscal et législatif, tout le monde est dans la crainte.

Certains observateurs croient déceler des signes de reprise après des années de crise.
Est-ce également votre sentiment ?

Non, je ne suis pas d'accord. À mon avis, on n'est pas prêts de sortir de la crise du logement, et ce que je constate c'est qu'à cause d'elle beaucoup de PME souffrent. Je donne rendez-vous à la rentrée. En septembre-octobre cela va être très difficile.

Les mauvais chiffres du logement ont des conséquences sur toute la chaine. Même les notaires connaissent le chômage partiel ! Il faut parvenir à recréer un climat de confiance, et pour cela il faut un vrai courage politique.

 
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Expression #39

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